Campagne de sabotage et préparation à la lutte Armée [modifier]
Le 21 mars 1960 a lieu le massacre de Sharpeville, un township de Vereeniging dans le sud du Transvaal. Lors d'une manifestation du
Congrès panafricain contre l'extension aux femmes du passeport intérieur (Pass book), que
les hommes noirs sont obligé de porter constamment sur eux sous peine d'être arrêté ou déporté[37], une soixantaine de policiers[38] sur un effectif total de 300 hommes retranchés dans un local de la police et appuyés par des véhicules blindés, tirent sans sommations sur une foule d'environ
5 000 personnes dont seuls 300 sont encore à proximité des policiers, le reste de la foule ayant commencé à se disperser[39],[38]. Il y a 69 morts dont 8 femmes
et 10 enfants ainsi que 180 blessés dont 31 femmes et 19 enfants[40]. La majorité des blessures par balles sont
faites dans le dos sur une foule en fuite et qui n'était pas armée[39],[37]. Selon les policiers, les tirs ont été dus à la panique et à l'inexpérience suite à des jets de pierres alors que la
Commission de la vérité et de la
réconciliation conclura selon les témoignages de manifestants que les tirs étaient délibérés[39],[41],[42]. Le gouvernement déclare l'état d'urgence face aux
manifestations qui s'ensuivent et interdit l'ANC et le PAC, dont les leaders sont emprisonnés ou assignés à résidence. Albert Lutuli, le président de l'ANC, obtient le prix nobel de la paix la même année[15].
La stratégie non-violente de l'ANC est abandonnée par Nelson Mandela qui fonde en 1961 Umkhonto we Sizwe
(MK), réseau prônant l'action armée[43]. En mai 1961, il lance avec succès une grève générale où les
grévistes restent à leurs domiciles, le «stay at house», obligeant le gouvernement à faire intervenir la police et l'armée[15]. Il écrit et signe un plan de passage
graduel à la lutte armée[15]. Il coordonne des campagnes de sabotage contre des
cibles militaires et gouvernementales, préparant des plans pour une possible guérilla si les sabotages ne suffisaient pas
à mettre une fin à l'apartheid[44]. Nelson Mandela décrit le passage à la lutte armée comme un dernier recours; l'augmentation de la répression, des violences
policières et de l'état le convainc que des années de lutte non-violente contre l'apartheid n'ont apporté aucun progrès[45],[11].
Nelson et Winnie Mandela, date exacte inconnue, avant l'arrestation de Nelson en août 1962.
Nelson Mandela favorise le sabotage qui «n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales» avant de s'engager dans «la guérilla, le terrorisme
et la révolution ouverte»[15]. Un membre de l'ANC Wolfie Kadesh explique la campagne de sabotage à la bombe menée par Mandela: « (...) faire exploser
des lieux symboliques de l'apartheid, comme des bureaux du passeport interne, court de justice pour natifs, et des choses comme ça... Des bureaux de poste et ... Des bureaux du gouvernement. Mais
nous devions le faire d'une telle façon que personne ne serait blessé, personne ne serait tué. »[46]. Mandela dira de Kadesh: « Sa
connaissance de la guerre et son expérience de première main du combat m'ont été extrêmement précieuse. »[11].
Mandela collecte aussi des fonds à l'étranger pour le MK et organise l'entrainement paramilitaire du groupe[44]. Il suit une formation militaire dans
l'Algérie nouvellement indépendante et étudie Clausewitz, Mao Zedong, Che Guevara et les spécialistes de la guerre des Boers [15].
Arrestation et procès de Rivonia [modifier]
Hutte à Rivonia où ont été arrêtés les dirigeant de l'ANC en 1963.
Le 5 août 1962, Nelson Mandela est arrêté après 17 mois de
clandestinité et est emprisonné au fort de Johannesburg[47]. L'arrestation a été rendue possible par la Central Intelligence Agency (CIA) qui a renseigné la police sur la cachette et le déguisement de Mandela en chauffeur de
voiture[2],[48]. Il est en effet considéré comme «terroriste» et
«communiste» dans le contexte de guerre froide où l’apartheid veut se se présenter comme une défense contre le
communisme en Afrique Australe[15]. Trois jours plus tard,
les accusations d'organiser une grève en 1961 et quitter le pays illégalement lui sont lus. Le 25 octobre, Nelson Mandela
est condamné à cinq ans de prison.
Pendant son emprisonnement, la police arrête plusieurs dirigeants de l'ANC à Rivonia, au nord de Johannesburg, où est situé le quartier général de la direction d’Umkhonto, le 11 juillet 1963. Parmi les 11 personnes arrêtées figurent Walter Sisulu et Govan Mbeki. Nelson Mandela est lui-aussi mis en cause et avec ses compagnons, est accusé non seulement de
sabotage et de trahison mais aussi de comploter une invasion du pays par l'étranger, ce que Mandela dément[49]. Le procès de Rivonia débuta le 9 octobre 1963 et s’acheva le 12 juin 1964. Dans sa déclaration pour sa défense le 20 avril 1964, devant la Cour suprême de l’Afrique du Sud à Pretoria, Nelson Mandela expose
clairement le raisonnement qui l'a fait recourir à la violence comme tactique[50]. Il révèle comment l'ANC a utilisé des
méthodes pacifiques pour résister à l'apartheid pendant des années, jusqu'au massacre de
Sharpeville, la déclaration d'état d'urgence et l'interdiction de l'ANC par le gouvernement, qui leur a
montré que leur seul choix était de résister à travers des actes de sabotage[37]. Faire autrement aurait été pour eux
pareil à une capitulation sans condition. Nelson Mandela explique comment ils ont écrit le manifeste du Umkhonto
we Sizwe avec l'intention de montrer l'échec des politiques du Parti National quand l'économie serait menacée par le manque de volonté des étrangers à risquer des investissements dans le
pays[51]. Il finit sa déclaration par ces paroles:
« Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J'ai combattu contre la domination blanche, et j'ai combattu contre la domination noire. J'ai
chéri l'idéal d'une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et
accomplir. Mais si besoin est, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir[45]. »
L'avocat afrikaner Bram Fischer fait partie de l'équipe de la défense qui représente les accusés[52] Ils sont tous jugés
coupable, à l'exception de Lionel
Bernstein (acquitté), mais échappent à la peine de mort et sont condamnés à la prison à vie le 12 juin 1964[53]. Ils sont condamnés pour implication dans des actions armées, en particulier quatre sabotages, ce que Mandela admet, et
aussi pour conspiration en vue d'aider d'autres pays à envahir l'Afrique du Sud, ce que Mandela dément[53].
Emprisonnement [modifier]
Manifestation de solidarité à Nelson Mandela en Allemagne, 1986.
Nelson Mandela est emprisonné dans l'île-prison de Robben Island où il restera 18 de ses 27 années de prison[54]. Alors qu'il
est en prison, sa réputation grandit et il devient connu de manière internationale comme le plus important dirigeant noir d'Afrique du Sud[1]. Sur l'île, lui et d'autres prisonniers doivent
effectuer des travaux forcés dans une carrière de chaux[55]. Les conditions de vie dans la prison sont très rudimentaires. Les prisonniers sont séparés par couleur de peau, les
prisonniers noirs recevant les plus petites rations. Les prisonniers politique dont fait partie Nelson Mandela sont séparés des criminels de droit commun et ont encore moins de privilèges[56]. Mandela
étant un prisonnier de classe D (la plus basse classe), il n'a droit qu'à un visiteur et une lettre tous les 6 mois[57]. Quand il reçoit une lettre, c'est souvent
après qu'elle est été retardée durant une longue période et rendue illisible par la censure de la prison[11].
En 1971, il quitte la carrière de chaux et est transféré au ramassage du guano, d'où il peut voir la mer[34]. En septembre 1977, Steve Biko, fondateur du Mouvement de Conscience noire meurt torturé en prison par la police. En novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies impose un embargo sur les ventes d'armes à destination de l'Afrique du Sud. Nelson Mandela ainsi que d'autres militants sont placés en isolement carcéral, où radio et journaux sont
interdits ou bien censurés[34]. En 1979, il revoit après 15 ans sa deuxième femme, Winnie, qui subit aussi la prison ou l'assignation à résidence et le bannissement [34].
Pendant son emprisonnement, Mandela étudie par correspondance avec l'Université de Londres via
son programme externe, et reçoit un diplôme de Bachelor of Laws. Il est même présélectionné pour le titre de
Chancelier de cette université mais perd face à la princesse Anne du Royaume-Uni[58].
Dans ses mémoires publiées en 1981, l'agent secret Gordon Winter dévoile son implication dans un complot pour faire évader Mandela en 1969: le groupe des comploteurs avait été infiltré par Winter
pour le compte du gouvernement sud-africain. Celui-ci voulait que Mandela s'échappe pour qu'il puisse ensuite être abattu pendant la poursuite. Le complot avait été déjoué par les services
secrets britannique[59].
En Mars 1982, Mandela est transféré, en compagnie des principaux dirigeant de l'ANC à la prison de Pollsmoor[57], dans la banlieue du Cap. S'il a été envisagé un moment que ce transfert avait été réalisé afin d'éloigner ces dirigeants de la nouvelle génération de noirs
emprisonnés à Robben Island, surnommée l'Université Mandela[1], le ministre de la justice Kobie Coetsee a dit au contraire que ce transfert avait été accompli afin de pouvoir établir un contact discret entre eux et le gouvernement
sud-africain[60].
Pendant les années 1980, le MK lance une guerilla contre le régime de l'apartheid, dans laquelle de nombreux
civils sont tués[44]. En février 1985, le président Pieter Willem Botha offre à Nelson Mandela,
contre l'avis de ses ministres, la liberté conditionnelle en échange d'un renoncement à la lutte armée[61]. Mandela rejette l'offre, disant dans un communiqué
transmis par sa fille Zindzi: « Quelle liberté m'est offerte alors que l'organisation du peuple demeure interdite ? Seuls les hommes libres peuvent négocier. Un
prisonnier ne peut pas faire de contrats. »[60]. La même année, Botha annule les lois sur les laissez-passer et les mariages mixtes. Mais cela est considéré comme trop
timide par Nelson Mandela qui réclame toujours avec l’ANC clandestin «un homme, une voix»[34].
La première rencontre entre Nelson Mandela et le gouvernement a lieu en novembre 1985 quand le ministre de la justice, Kobie Coetsee, rencontre Mandela à l'hôpital Volks au Cap, où il est opéré
de la prostate[62]. Le long des quatre années suivantes, une série de
rencontres posent les bases pour de futures négociations, mais aucun progrès réel n'est réalisé[60]. Il est en partie libéré le 7 décembre 1988 et mis en résidence surveillée.
Pendant toute la durée de l'emprisonnement de Nelson Mandela, la pression locale et internationale pour sa libération augmente sur le gouvernement sud-africain, sous le slogan « Libérez
Nelson Mandela ! »[63]. En juin 1988 à lieu le Concert hommage des 70 ans de Nelson Mandela à Wembley regardé par 600 millions de téléspectateurs dans 67 pays, qui expose au niveau mondial la
captivité de Mandela et l'oppression de l'apartheid, et qui, selon l'ANC, force le régime sud-africain à libérer Mandela plus tôt que prévu[64]. En 1989, tout en précisant que «la question de [sa]
libération n’en est pas une», il écrit à Pieter Botha que «face au spectre d’une Afrique du Sud coupée en deux camps hostiles se massacrant mutuellement», il veut faire négocier «les deux
principales organisations du pays», le gouvernement et l'ANC. Il détermine les principaux points à traiter : «premièrement, la revendication de la règle de la majorité dans un Etat unitaire,
deuxièmement, les inquiétudes de l’Afrique du Sud blanche face à cette demande». Ils ont un entretien le 5 juillet 1989 dans la résidence de Botha[34]. Cette même année,
l'Afrique du Sud arrive à un moment décisif lorsque Botha suite à une attaque
cérébrale est remplacé comme président par Frederik Willem de
Klerk[65]. Le 15 octobre 1989, De Klerk libère sept dirigeants de l’ANC qui avaient chacun passés 25 ans en prison. En novembre, Nelson Mandela dit de De Klerk qu'il est
«le plus sérieux et le plus honnêtes des leaders blancs» avec qui il ait pu négocier[34]. De Klerk annonce la libération de Nelson
Mandela en février 1990[66].
Libération, prix Nobel et négociations constitutionnelles [modifier]
Le 2 février 1990, F.W. de Klerk prononce la levée de
l'interdiction de l'ANC et des autres organisations anti-apartheid, et annonce que Mandela sera libéré sous peu[67]. Nelson Mandela est libéré le 11 février 1990 et
l'événement est retransmit en direct dans le monde entier[68].
Le jour de sa libération, Nelson Mandela fait un discours adressé à la nation. Il y déclare son engagement pour la paix et la réconciliation avec la minorité blanche du pays, mais annonce
clairement que la lutte armée de l'ANC n'est pas terminée[69]:
« Notre recours à la lutte armée en 1960 avec la formation de l'aile militaire de l'ANC était purement une action défensive contre la violence de l'apartheid. Les
facteurs qui ont rendu nécessaire la lutte armée existent toujours aujourd'hui. Nous n'avons aucune options à part continuer. Nous espérons qu'un climat propice à une solution négociée existera
bientôt, ce qui rendra inutile la lutte armée. »
Mandela dit aussi que son objectif principal est de donner la paix à la majorité noire et de lui donner le droit de vote aussi bien aux élections nationales que locales[69]. Le 26 février 1990 il demande cependant à ses partisans: "Jetez dans la mer vos fusils, vos couteaux et vos machettes"», afin de pacifier les relations entre
l'ANC et le gouvernement mais aussi la rivalité entre l’ANC et l’Inkhata zoulou qui a fait de nombreuses
victimes. Le 6 août, Mandela confirme les accords avec De Kler, et l’ANC proclame la fin de la lutte armée[34]. Le 30 juin 1991, le parlement vote la supression des dernières lois pilliers de l'apartheid
encore en vigueur qu'étaient la loi sur la classification raciale et celle sur l'habitat séparé[70].
En 1991, l'ANC tient sa première conférence nationale depuis sa légalisation, et Nelson Mandela est élu président de l'organisation. Son vieil ami Oliver Tambo, qui avait dirigé l'ANC en exil
pendant la captivité de Mandela, devient secrétaire national[71]. Nelson Mandela mène le parti dans les
négociations sur le démantèlement de l’apartheid en Afrique du sud
entre 1990 et 1994[72].
Les négociations sont parfois tendues comme lorsqu'en 1991 Mandela qualifie De Klerk de « dirigeant d'un régime illégitime, discrédité et minoritaire ».
Au début de 1992, les élections législatives partielles de Potchefstroom, provoquées par la mort du député et ancien
ministre Louis Le Grange, virent au
désastre pour le parti national au bénéfice du candidat conservateur. Le président de Klerk, qui avait fait de cette élection un enjeu national organise alors pour le 17 mars 1992 un ultime référendum auprès des électeurs blancs par lequel il sollicite leur
appui. Mandela intervient pour appuyer De Klerk et calmer les ardeurs et les impatiences des militants de l'ANC. De Klerk obtient sans ambiguité un soutien de l'ensemble de la communautée blanche
(68,7% de oui) à l'exception de celle du nord-Transvaal. Lors de son discours de victoire devant le parlement du Cap, il déclare que les électeurs blancs ont eux-mêmes décider de refermer
définitivement le livre de l'apartheid (« Today we have closed the book on apartheid - and that chapter is finally closed »)[73] [74].
Les pourparlers s'arrêtent suite au massacre de Boipatong en juin 1992 où Mandela rompt les négociations accusant le gouvernement
de De Klerk de complicité de ces tueries[75]. Les négociations reprennent cependant en juin 1992 après le massacre de Bisho, quand les menaces de confrontations sanglantes rendent claires que les
négociations sont la seule issue[11]. Les avancées de Nelson Mandela et du président F.W. de Klerk, sont reconnus mondialement quand ils reçoivent conjointement
le Prix Nobel de la Paix en 1993.
Quand Chris Hani, un des dirigeants du MK et du Parti communiste sud-africain est assassiné en avril 1993 avec la complicité d'un membre du Parti conservateur d'Afrique du Sud opposé à la fin de l'apartheid, il y a des
craintes que le pays soit à nouveau plongé dans la violence[76]. Nelson Mandela lance un appel au calme au pays, un discours considéré comme présidentiel bien qu'il n'ai pas encore été
élu:
« Je m'adresse ce soir à tous les sud-africains, noirs et blancs, du fond de mon être. Un homme blanc, plein de préjugés et de haine, est venu dans notre pays et à
accompli une action si ignoble que notre nation tout entière se situe au bord du précipice. Une femme blanche d'origine Afrikaner a risqué sa vie pour que nous puissions reconnaître et traduire
en justice cet assassin. Le meurtre de sang-froid de Chris Hani a créé un choc dans tout le pays et dans le monde... Il est maintenant temps pour tous les sud-africains de s'unir contre ceux, de
n'importe quel camp, espèrent détruire ce pour quoi Chris Hani a donné sa vie : la liberté pour chacun d'entre nous[77] »
Bien que des émeutes aient lieu après l'assassinat, les négociateurs sont galvanisés et parviennent à un accord pour des élections démocratiques le 27 avril 1994, un an après le meurtre de Chris Hani[60].
Président d'Afrique du Sud [modifier]
À la suite des premières élections générales multiraciales
du 27 avril 1994, remportées largement par l'ANC (62,6% des voix), Nelson Mandela est élu Président de la république d'Afrique du Sud et prête serment aux Union Buildings de Pretoria le 10 mai 1994 devant une grande partie des responsables politique internationaux, d'Al Gore à Fidel Castro. Il préside au premier gouvernement
non racial du pays, en l'occurrence un gouvernement d'unité nationale entre
l'ANC, le Parti National et le parti zoulou Inkatha Freedom Party. Ses deux vice-présidents
sont alors Thabo Mbeki (ANC) et Frederik de Klerk (NP)[78]. Dans son discours d'investiture, Mandela célèbre la fin de l'apartheid dont « doit naître une société dont toute
l'humanité sera fière », le retour de l'Afrique du Sud dans la communauté internationale et l'amour commun du pays et l'égalité raciale qui seront le ciment de la nouvelle « nation
arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde ». Il évoque les défis de son mandat que sont la lutte contre
la pauvreté, les discriminations et « qu'il n'y a pas de voie facile vers la liberté »[79]. La date du 27 avril devient un jour
férié en Afrique du Sud, le Jour de la Liberté.
Commission de la vérité et de la réconciliation [modifier]
Conformément aux négociations de la période de transition, une commission de la vérité et de la réconciliation, présidée par l'archevêque anglican et prix Nobel
de la Paix Desmond Tutu, est créée pour entendre des exactions et des crimes commis sous
l'apartheid par le gouvernement, les forces de sécurité mais également par les mouvements de libération comme l'ANC[80]. La commission entend de nombreux récits sur les
violences extrêmes et des injustices commises par les deux camps et offre une catharsis aux personnes et communautés
blessées par les événements passés[81]. Il s'agit de confronter le passé afin de tourner la page historique douloureuse, de permettre d'exposer la vérité et aux coupables de se confesser, une amnistie étant offerte en cas d'aveux. En l'absence de confession ou de non-apparition devant la commission, des poursuites
judiciaire peuvent être engagée si les autoritées ont assez de preuves.
Si des policiers, soldats ou citoyen ordinaires confessent leurs crimes, peu de responsables de haut niveau comparaissent devant la commission. Si l'ancien ministre de la loi et de l'ordre
Adriaan Vlok accepte de comparaitre et de se repentir, l'ancien président P.W. Botha et le vice-président Thabo Mbeki refusent. Nelson Mandela
admettra plus tard que dans sa lutte contre l'apartheid, l'ANC avait aussi violé les droits de l'homme, et il critiquera ceux de son propre parti qui essayaient de supprimer des éléments des
rapports de la commission allant dans ce sens[82].
La commission vérité et réconciliation et la méthode Mandela de «dialogue sans exclusion» fait école en Afrique[34].
Réconciliation nationale [modifier]
Prônant la réconciliation nationale, il se rend à Orania pour rencontrer la veuve d'Hendrik Verwoerd et organise une tea party à Pretoria réunissant les épouses des anciens premiers ministres et présidents afrikdu pays avec les
épouses des anciens prisonniers de Robben Island. Mandela encourage les sud-africains noirs à soutenir l'équipe de
rugby des Springboks lors de la coupe du monde de rugby 1995 qui a lieu dans le pays[83]. Après la victoire, Mandela
presente le trophé au captaine de l'équipe Francois Pienaar, un Afrikaner. Mandela porte le maillot avec le
numéro de Pienaar, et l'événement est vu comme un grand pas dans la reconciliation entre les noirs et les blancs d'Afrique du Sud[84].
Internationalement, Mandela redonne une légitimité à l'Afrique du Sud qui est donnée en exemple en matière de réconciliation nationale.
Reconstruction économique [modifier]
Maison construite par le RDP à
Soweto.
Le gouvernement d'union nationale entame dès 1994 le programme de reconstruction et de développement (RDP) pour combattre les conséquences socio-économiques de l'apartheid, comme la pauvreté et le grand manque de services
sociaux, des problèmes qui requièrent selon le gouvernement un environnement macroéconomique plus fort[85]. L'amplitude du programme est comparé à
celle du New deal mis en place par le gouvernement américain lors de la Grande Dépression et est soutenu par tous les partis politiques[86].
Entre 1994 et début 2001 selon le gouvernement sud-Africain, plus de 1,1 million de maisons à bas coût pouvant bénéficier de l'aide gouvernementale ont été construites, accueillant 5 millions
d'Africains du Sud sur les 12,5 millions mals logés [87]. Entre 1994 en 2000, 4,9 million de personnes
pour la plupart habitant les anciens homelands bénéficient d'un accès à l'eau potable et 1.75 million de foyers sont raccordés au réseau électrique, la proportion de foyers ruraux avec l'électricité passant de 12 à
42%[87]. En 1999, 39 000 familles ayant bénéficié de la réforme agraire se
partagent 3550 km². Selon le gouvernement en quatre ans 250 000 personnes ont reçu des terres [87]. D'avril 1994 à fin 1998, 500 nouvelles
cliniques donnent un accès aux soins à 5 million de personnes et un programme de vaccination contre la poliomyélite-hépatite qui débute en 1998 immunise 8 million
d'enfants en deux ans[87]. Un programme de l'emploi par les travaux public par la construction de routes, égouts ou réservois donne du travail à 240 000 personnes sur 5 ans[87]. Le RDP est cependant critiqué pour la faible qualité des maisons construites dont 30% ne respectent pas les normes[87], un approvisionnement en
eau dépendant beaucoup des rivières et des barrages[88] et dont la gratuité pour les ruraux pauvres est couteuse[87]. A peine 1% des terres envisagé par la réforme
agraire ont été effectivement distribué et le système de santé est impuissant à combattre l'épidémie de SIDA qui fait baisser l'espérance de vie moyenne des africains du Sud de 64,1 à 53,2 ans de 1995 à 1998[87].
Politique intérieure et internationale [modifier]
En 1995, la constitution transitoire, élaborée pendant les négociations pour mettre fin à l'apartheid, est remplacé par une nouvelle
constitution, adoptée au parlement par la quasi unanimité des députés de l'ANC et du parti national. En juin 1996, ce dernier quitte
le gouvernement peu après son adoption.
Nelson Mandela accepte d'être médiateur de plusieurs négociations de paix, notamment dans l'Afrique des grands lacs. En 1997, Mandela quitte la présidence de l'ANC qui
échoit à Thabo Mbeki. La peine de mort est abolie la même année.
Dans la première opération militaire post-apartheid, Mandela ordone aux troupes sud-africaines d'intervenir au Lesotho en
Septembre 1998 pour protéger le gouvernement du premier ministre Pakalitha Mosisili[89].
Le président Mandela intervient également pour régler le procès des deux Libyens accusés par les Etats-Unis et le Royaume-Uni de l'attentat de Lockerbie qui avait fait 270 victimes en 1991[90]. Dès 1992, Mandela propose de manière informelle au
président George H.W. Bush de juger les Libyens dans un pays tiers. Bush accepte la
proposition, ainsi que le président français François Mitterrand et le roi Juan Carlos Ier d'Espagne[91] En Novembre 1994, six mois après son élection,
Mandela propose que l'Afrique du Sud soit le pays qui héberge le procès mais le premier ministre britannique John Major
rejette l'idée, disant que son gouvernement n'avait pas confiance en une cour de justice étrangère[92]. Mandela renouvelle son offre trois ans plus tard à
Tony Blair en 1997. La même année à la conférence des responsables des chefs de gouvernement du Commonwealth à Edinburgh,
Mandela avertit qu'« Aucune nation ne devrait être à la fois plaignante, procureur et juge. »
Un compromis est trouvé pour un procès aux Pays-Bas et le président Mandela commence les négociation avec le colonel Kadafi pour la remise des deux accusés Megrahi et Fhimah en avril 1999[93]. Le 31 janvier 2001, Fhimah est acquité mais Megrahi
est jugé coupable et condamné à 27 ans de prison. Nelson Mandela va le visiter en juin 2002 et dénonce ses conditions d'emprisonnement en isolement total[94]. Megrahi est ensuite transféré
dans une autre prison et n'est plus soumi à une incarcération en isolement[95].
Lutte contre le Sida [modifier]
Nelson Mandela est critiqué pour l'absence d'efficacité de la politique de son gouvernement dans la lutte contre le SIDA par le juge Edwin Cameron[96],[97]. Mandela admet après son mandat qu'il peut avoir manqué à son devoir envers son pays en apportant pas plus d'attention à
l'épidémie du SIDA[98],[99]. Pendant son mandat, le pourcentage de femmes
enceintes séropositives triple, passant de 7.6 à 22.8% [100], le nombre de morts estimé par an
passant la barre des 100 000 en 1999[101].
Autres événements de la présidence [modifier]
Après avoir été élu président, une des caractéristiques de Mandela est l'utilisation de chemises en Batik, connues sous le nom de
« chemise Madiba », même lors d'événements officiels, ce qui influence la mode du pays[102].
Il est affectueusement surnommé Madiba par les sud-africains, son nom du clan Xhosa [97].
Nelson Mandela publie son autobiographie Un long chemin vers la
liberté en 1995 et raconte son enfance, son engagement politique, ses longues années de prison et son accession au pouvoir.
Après la présidence [modifier]
Comme il s'y était engagé lors de son élection, Nelson Mandela, qui était le plus vieux président élu à l'age de 77 ans, n'est pas candidat à un second mandat en 1999 et quitte la vie politique,
laissant la présidence de la république à Thabo Mbeki. Sa retraite n'est cependant pas inactive, il participe à de
nombreuses œuvres caritatives et a toujours une forte influence nationale et internationale, prenant position sur de nombreux sujets.
Santé et retrait progressif [modifier]
En juillet 2001, Nelson Mandela est soigné par radiothérapie pendant 7 semaines pour un cancer de la prostate[103]. A l'age de 85 ans, en juin 2004, Mandela annonce
qu'il se retire de la vie publique. Sa santé décline et il veut passer plus de temps avec sa famille. Il dit qu'il ne veut pas se cacher du public, mais qu'il veut être dans la posture « de
vous appeler pour demander si je suis le bienvenu, plutôt que d'être appelé pour intervenir ou participer à des événements. Ma demande est donc : ne m'appelez pas, je vous appelerai »
[104].
A mesure que les années passent, Nelson Mandela prends de moins en moins souvent position sur les problèmes internationaux et nationaux[105].
Le 90ème anniversaire de Nelson Mandela le 18 juillet 2008 est célébré dans tout le pays[106] avec un concert hommage à Hyde Park dans le cadre de la série de concerts 46664. Dans son discours d'anniversaire, Mandela demande aux personnes riches d'aider les pauvres du monde entier[106].
Organisations caritatives et lutte contre le SIDA [modifier]
Pour continuer de lutter pour les valeurs qui lui tiennent à coeur, il fonde un fond d'aide à l'enfance en 1994[97] et la Fondation Nelson-Mandela en 1999 pour favoriser l'éducation, le devoir de mémoire et l'une des priorité, la lutte contre le SIDA.
La fondation est financée en partie par une série de concerts internationaux, les concerts 46664, dont le
nom vient du numéro de prisonnier de Mandela.[107].
Mandela devient le porte parole de nombreuses organisations d'aide sociale ou de défense des droits de l'homme. Il soutient le mouvement international Make Poverty History duquel fait parti la campagne ONE[108]. Le tournois de golf de charité Nelson Mandela, soutenu par Gary Player, a rapporté
plus de 20 million de rands pour l'aide à l'enfance depuis sa création en 2000[109]. Mandela soutient également SOS Villages d'Enfants, la plus
grande organisation mondiale dédiée à l'éducation des enfants orphelins ou abandonnés[110]. Nelson Mandela entre en
conflit ouvert avec son successeur Thabo Mbeki à propos du SIDA, lui reprochant en 2002 de « continuer à débattre alors que des gens meurent », quand Mbeki questionne encore le lien
entre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et le
SIDA[97]. Il participe à plusieurs conférence internationales contre le SIDA et se prononce plusieurs fois contre la maladie, notamment lors de la mort de son fils qui en
a été lui-même victime le 6 janvier 2005[111],[112].
Conseil des Global Elders [modifier]
Le 18 Juillet 2007, Nelson Mandela, Graça
Machel, et Desmond Tutu convoquent à Johannesburg une assemblée de dirigeant influents du
monde entier qui veulent contribuer à l'aide de leur expérience et de leur sagesse à résoudre les problèmes les plus importants de la planète. Nelson Mandela annonce la formation de ce conseil
des Global Elders (les anciens, ou sages,
universels) dans un discours lors de son 89ème anniversaire [113].
Desmond Tutu est président du conseil et ses membres fondateurs incluent également Kofi Annan, Ela Bhatt, Gro Harlem Brundtland, Jimmy Carter, Li Zhaoxing, Mary Robinson et Muhammad Yunus[114].
Mandela explique que « ce groupe peut parler librement et avec audace, travaillant aussi bien de manière publique que de manière officieuse sur toutes sortes de mesures qui doivent être
prises. Nous travaillerons ensemble pour soutenir le courage là où il y a la peur, pour encorager la négociation là où il y a le conflit, et donner l'espoir là où règne le
désespoir »[115].
Politique internationale [modifier]
Médiateur pour la paix au Burundi [modifier]
Il devient médiateur au Burundi en février 2000 où il remplace le président tanzanien Julius Nyerere qui avait commencé les négociation en 1998 et était mort peu auparavant. Les accords de paix sont signé en août 2000. Mandela
refuse ensuite d'être médiateur au Kosovo et en République démocratique du Congo mettant son age élevé face à des négociations extrêmement fatigantes[34].
Opposition à la guerre en Irak et à George W. Bush [modifier]
En 2002 et 2003, il critique la politique étrangère du président américain George W.
Bush dans plusieurs discours[116]. En janvier 2003, lors d'un discours au International Women's Forum, Mandela s'oppose
fermement à l'attaque des États-Unis et de ses alliés contre l'Irak, déclenchant la guerre du même nom sans l'aval des Nations unies. Il accuse le président George W. Bush de vouloir « plonger le monde dans l'holocauste »[117]. l'acusant d'arrogance[118] et de manque de vision et
d'intelligence[119]. Il pense que cette action va diminuer l'influence des Nations-Unies, soulignant que lui même aurait soutenu une action
contre l'Irak si cela avait été demandé par les Nation-Unies, et encourage le peuple américain à manifester contre la guerre et les pays dotés d'un droit de véto au conseil de sécurité à
l'utiliser[119]. Nelson Mandela accuse Bush d'aller en Irak seulement pour le pétrole, insinue que son
attitude et celle du premier ministre britannique Tony Blair de négliger les recommandations du secrétaire général Kofi
Annan est motivée par le racisme, et attaque les États-Unis sur leur passé de violations des droits de l'homme et pour les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki lors de la seconde guerre mondiale[119].
« Si il y a un pays dans le monde qui a commis des atrocités indescriptibles, ce sont les Etats-Unis d'Amérique. Ils s'en fichent. »[119]
En novembre 2001, Nelson Mandela avait présenté ses condoléances suite aux attentats
du 11 septembre et soutenu les opérations en Afghanistan. En juillet 2002, le
président Bush l'avait décoré de la Médaille
présidentielle de la liberté, l'appelant « l'homme d'état le plus révéré de notre temps. »[119]
Zimbabwe et Robert Mugabe [modifier]
En 2000, Nelson Mandela critique Robert Mugabe, le président du Zimbabwe. Mugabe préside depuis 20 ans aux destinées de l'ancienne colonie britannique de Rhodésie du Sud. Il a été très critiqué internationalement pour sa politique répressive, son népotisme et son administration incompétente responsable de l'effondrement économique du pays[120],[121].
Mandela lui reproche de s'accrocher au pouvoir après 20 ans de mandat, et de favoriser le recours à la violence contre les fermiers blancs, propriétaires de la plus grande partie des terres
commerciales du pays[122]. En 2007, Mandela essaye de persuader Mugabe de quitter le pouvoir « plus tôt que plus tard », « avec un
minimum de dignité », avant d'être « poursuivi comme l'ancien dictateur Augusto Pinochet ». Il
engage les Global Elders avec Kofi Annan comme médiateur mais Mugabe ne fait aucune réponse à ces approches [123]. En juin 2008, au
plus fort de la crise des élections
présidentielles zimbabwéennes, Nelson Mandela condamne « le tragique manque de leadership » au Zimbabwe[124].
Commercialisation de son image et litige juridique [modifier]
Nelson Mandela est aussi l'objet d'une commercialisation de son image qui va depuis la vente de tee-shirts à son effigie,
500 livres publiés à son sujet, mais aussi d'objets liés à ses fondations contre la pauvreté et le SIDA, que certains sud-africains considèrent comme un excès de consumérisme ou une iconisation à
la Che Guevara. Mandela a demandé que son visage soit enlevé de tous les produits mis en vente par sa fondation[125].
En mai 2005, Nelson Mandela demande à Ismail Ayob, son avoué et ami depuis 30 ans, d'arrêter de vendre des lithographies réalisées et signées Mandela et de comptabiliser le produit des ventes. Le conflit mène à des poursuites judiciaires de la part de
Mandela [126]. Ayob clame son innocence mais le conflit refait la une en 2007 quand Ayob promet en justice de rembourser 700000 rands au fond d'investissement de Mandela,
qu'il avait transféré sans autorisation à un fond pour les enfants et petits enfants de Mandela, et lui fait des excuses publiques[127].
Autres événements [modifier]
Dans une lettre à Edward Zwick, le réalisateur du film Blood Diamond, Nelson Mandela exprime sa crainte que le public fasse l'amalgame entre les diamants de conflits dénoncés par le film, exploités en temps de guerre et au détriment des population ,et les diamants légalement extraits
des mines d'Afrique du Sud, et que cela pénalise les exploitation minières du pays. Le magazine américain The New
Republic pense au contraire que cette lettre favorise les producteurs de diamants de conflits, et que la démarche de Mandela est motivée par l'intérêt national et son amité avec l'ancien
directeur de De Beers[128]}}.
En septembre 2004, il fut plébiscité en tant que première personnalité sud-africaine.